Archive for novembre 2006

Un secret de polichinelle

novembre 28, 2006


Emile Masson

 » UN SECRET DE POLICHINELLE  »

– en vers domestiques – et en vers sauvages

 » Je suis l’ami de tous les Curés,
et de tous les Communards aussi ( mais je crois qu’aujourd’hui on dit mieux: Bolsheviks)
Ils me reçoivent tous en cachette.
C’est-à-dire que ce n’est pas moi qui me cache pour aller chez eux;
mais c’est eux qui n’aiment pas qu’on sache qu’ils me fréquentent.

Chacun d’eux me raconte sa petite affaire passionnément.
Les Curés me racontent le Bon Dieu, et les Anarchistes me mènent voir le Diable.
Je trouve quelquefois -à part moi –
que le Bon Dieu ressemble étonnamment au Diable… et que le Diable n’est pas si mauvais diable qu’on ne puisse pas une fois le temps le confondre avec le Bon Dieu.

Autre chose
J’aime ma Patrie plus qu’aucune autre, car c’est la Bretagne ma Patrie.
Mais j’aime tant les autres Pays aussi que j’oublie souvent de quel Pays je suis; et que, quand je songe à l’Allemagne, par exemple, ( en esprit, car dans la chair les voyages coûtent trop cher)
je me demande si je ne suis pas Allemand, et si ce n’est pas l’Allemagne que j’aime le plus de tous les Pays

Mais comme le soir ou le lendemain me voilà passé en Chine ou au Japon, je perds totalement la notion de l’Allemagne comme de la Bretagne, et me voilà prêt à jurer que la plus chère Patrie de mon cœur
est celle des Célestes, ou bien celle des Nippons

Bref, étant reçu chez tout le monde, je sais le secret de Polichinelle, et je m’en vais vous le dire :
Tous ces braves gens pensent exactement les mêmes choses à tous les points de vue.
Seulement ils ne veulent pas l’avouer, car ils estiment à tort ou à raison, que c’est bien agréable d’avoir une petite existence comme celle-ci pour faire toutes les petites cochonneries puisqu’il restera toujours assez de temps dans l’éternité
de vivre dans la vérité..

Hé bien ! les Curés font de moi un saint,-
et les autres… un anarchiste
Sur quoi je me demande avec anxiété si un saint peut être anarchiste, ou si un anarchiste est un saint ? Peut-être bien ! Peut-être bien ! En tout cas je suis l’un et l’autre

On me reproche de tout mêler,
de tout confondre et de ne jamais distinguer.
Mais, chers amis ? camarades,
Tout, en vérité, n’est-il pas même salade ?
Tout n’est pas poussière ?
Attendez une petite minute
Et vous vous en rendrez compte par vous-mêmes.

Kreiz ar bed – Centre du monde. Petra ‘zo a nevez ! Quoi de neuf !

novembre 19, 2006

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Panneau – collector

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Le tombeau de St Trémeur.

Trémeur, fils de ladite Ste, fut décapité par son père « Konomor » prince de la domnonée du Poher. Un vrai tyran, qui n’était pas à son 1er coup, puisque c’était la 4ème femme qu’il tuait. Un magicien lui avait prédit que s’il avait un enfant mâle, celui-ci le tuerait afin de prendre sa place. Et dire que dans d’autres pays ce sont les petites filles que l’on élimine !

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Et Son Grand Menhir avec son inscription du IXème siècle. Vous pouvez toujours aller vérifier !

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Et sa célèbre réunion druidique de 1907.

Dialogues – Le théâtre de la ville – Les abbesses

novembre 10, 2006

DIALOGUES
« Il n’est rien de caché qui ne se découvre un jour », si l’on en croit Dostoïevski. Poursuivant sa quête du patrimoine breton, Yann-Fañch Kemener a retrouvé un trésor oublié, œuvre du compositeur Charles Koechlin. Il enrichit sa dernière création, Dialogues, présentée, en mars 2006, au Théâtre de Cornouailles, à Quimper. Le Barzaz Breiz également. Publié en 1839, ce recueil de chants populaires collectés en Bretagne par un jeune aristocrate lettré, Hersart de La Villemarqué, a exercé une forte influence au XIXe siècle. Ainsi, George Sand admirait ces « diamants » du Barzaz Breiz, fleurons de ce qu’elle appellera « la littérature orale ».


© Photo J-Charles Druais

Au début des années 30, Charles Koechlin harmonise, en respectant la mélodie, vingt pièces pour piano et violoncelle puisées dans le Barzaz Breiz. Quand il les découvre, Manuel de Falla manifeste « une pure jouissance » et apprécie la « belle parure » qui les rehausse. Le violoncelle joue la mélodie, le piano sa « parure ». Certains de ces duos figurent au répertoire de Dialogues.
Mais composition et écriture ne dévoilent guère toutes les facettes de la culture populaire qui, en effet, continue à vivre au fil des chants, des danses et des contes. Les collectages effectuées par les successeurs de La Villemarqué, parmi lesquels Yann-Fañch Kemener, jettent un autre éclairage : « timbre, interprétation, style… sont au cœur de la recherche ». Et Kemener imagine un dialogue entre le lettré (Barzaz Breiz), le compositeur (Koechlin) et le porteur de tradition. Entre l’écrit et l’oral, la rigueur d’une composition « classique » et la liberté du chant « populaire ». Ainsi crée-t-il « une œuvre actuelle et respectueuse du regard de chacun ».
Dialogue aussi de la voix – que l’on sait belle – et du chant des instruments, du violoncelle et du piano… Audacieuse entreprise, couronnée de succès, qui, pour sublimer la tradition, concilie l’inconciliable.

Jacques Erwan

Dialogues – Le CD

novembre 10, 2006

Passeur de mémoire, Yann-Fanch Kemener est un vivant trait d’union entre le passé de la Bretagne et son présent. Ce nouvel enregistrement en est la confirmation. Le propos est, cette fois, particulièrement audacieux puisqu’il explore les interférences entre musique traditionnelle et musique savante, leurs apports mutuels, leurs dialogues. Une démarche originale, voire unique, dont le but ultime est la mise en valeur de l’héritage populaire, de sa richesse poétique et musicale, de son devenir. Yann-Fanch Kemener développe ici une idée qui lui est chère : la musique traditionnelle est une musique vivante, en évolution, et qui invite, dans un espace sonore défini, à la création.
Au cœur de cet enregistrement, les collectes : celle de La Villemarqué (Barzaz Breiz), de Bourgault-Ducoudray (Trente mélodies populaires de Basse-Bretagne), de Claudine Mazéas (dans les années 1950 et au début de 1960), enfin de Yann-Fanch Kemener lui-même (Carnets de route) qui n’hésite pas à croiser la mélodie (Silvestrig) notée par Bourgault-Ducoudray et le texte qu’il a personnellement recueilli.


© Photo J-Charles Druais

On retrouve le Barzaz Breiz avec trois des douze Chansons bretonnes (1931-1932) pour violoncelle et piano de Charles Koechlin (1867-1950) : La Prophétie de Gwenc’hlan, Yannik Skolan, Azénor-la-Pâle. La matière poétique et mélodique, proposée par de La Villemarqué, y est traitée avec le plus grand respect et même avec une certaine humilité. Mais l’instrumentation, la parure harmonique du piano et l’écriture fuguée de Yannik Skolan inscrivent ces chansons dans l’art savant et justifient les présentations miroirs, délibérément choisies, ou l’incrustation du parlando (Azénor-la-Pâle). Ar Jouis, l’histoire d’une jeune fille vendue à un juif, renvoie aux sources du Barzaz Breiz, aux cahiers de collectes de La Villemarqué, retrouvés par Donatien Laurent qui chanta l’air à Yann-Fanch Kemener. Il est introduit par une page, pour violoncelle et piano, d’un lyrisme rhapsodique envoûtant, Prayer, due au compositeur suisse, naturalisé américain, Ernest Bloch (1880-1959) qui retrouve là la puissance incantatoire des mélodies hébraïques anciennes. Étrange coïncidence, il existe entre le début de cette mélodie et les airs recueillis en Centre Bretagne auprès de vieux chanteurs comme Madame Bertrand, des similitudes qui ont favorisé ce rapprochement, dans la logique du propos développé.
La présence dans cet ensemble d’une romance pour violoncelle et piano, Le Druide, due au compositeur breton, Adolphe Mahieux (1892-1931), formé à l’Institut des jeunes aveugles, à Paris, dans la tradition César Franck, est à marquer d’une pierre blanche : c’est, en effet, la première fois qu’une œuvre de ce compositeur, injustement oublié après avoir été, dans les années 1920, l’un des animateurs de la vie musicale brestoise, est enregistrée. Cette ample mélodie qui semble couler de source et laisse présager d’autres belles découvertes, apparaît comme une réponse à la première pièce du Barzaz Breiz, Les Séries ou Le Druide et l’enfant : un exemple de cet échange subtil qui s’instaure, à des degrés divers, entre art populaire et art savant.


© Photo J-Charles Druais

Yann-Fanch Kemener et ses partenaires, Aldo Ripoche au violoncelle et Florence Pavie au piano, s’en tiennent, dans leur souci de préserver la part de liberté attachée à la musique populaire, à des arrangements, dans le strict respect de la métrique, de la versification et du mode. L’intérêt d’Aldo Ripoche pour la musique baroque, ses pratiques et modes de jeu, a favorisé la rencontre entre les deux musiciens, l’un populaire, l’autre savant, et établi entre eux une complicité que le glissement de la viole de gambe au violoncelle, l’instrument le plus proche de la voix, n’a aucunement altérée. L’élargissement au piano apporte incontestablement une autre couleur, tout en donnant à la formation une connotation plus classique. Il s’inscrit, toutefois, dans la postérité du Barzaz Breiz car, dès la seconde édition (1848), de La Villemarqué introduit une présentation pour voix et piano des chants. Les propositions de Bourgault-Ducoudray au congrès de l’Association Bretonne, en 1882, vont dans le même sens.
Pour garder intacte la force de la mélodie populaire, portée par la valeur intrinsèque du mot, Yann-Fanch Kemener fait sonner la langue. Son travail sur les conteurs, sur Emile Masson, sur Armand Robin et les autres, l’a amené à mettre en scène le mot en jouant avec le lieu, l’espace scénique, la lumière, le son, pour créer un véritable spectacle. Les œuvres ici enregistrées font partie du spectacle donné au Théâtre de Cornouaille, à Quimper, les 30 et 31 mars 2006, mais l’ordre adopté donne à cet ensemble une dynamique propre, tout en préservant l’émotion.
Plus que jamais, la dialectique de la différence apparaît comme le garant du pouvoir fécondant de l’une, la musique populaire, par l’autre, la musique savante, et vice-versa. Au-delà des mots et des sons, c’est la musique qui gagne : elle vit.

Marie-Claire Mussat