BOUILLON – Suite

Samedi 12 avril, j’ai eu la chance d’assister à une superbe soirée.

A l’Archéoscope de Bouillon (dans les Ardennes belges) ils avaient eu l’excellente idée d’inviter Yann-Fanch Kemener pour un concert.

Oui, Yann-Fanch Kemener, un des plus grands chanteurs Bretons, était venu faire un tour en Belgique.

Je le connaissais déjà grâce à deux cd enregistrés avec le pianiste Didier Squiban et à sa participation dans l’Héritage des Celtes.

Samedi soir, ce fut encore bien plus intense !

En première partie, l’Académie de Bouillon présentait une classe de jeunes guitaristes qui virent jouer une dizaines de morceaux issus du répertoire celtique.

Ballades irlandaises, danses de Bretagne, mélodies écossaises, tout fut bien interprété par une douzaine de guitaristes en herbe.
Une belle manière de rendre hommage à l’invité du jour qui apprécia leur prestation.

Attablé comme dans un café-théâtre, le public était venu remplir la jolie salle de l’Archéoscope.

Une ambiance feutrée où dominaient les tons de bruns et de rouge qui évoquaient d’avantage l’automne que le printemps.

Aldo Ripoche monta sur scène avec son violoncelle puis Yann-Fanch arriva en souriant.

Yann-Fanch Kemener salua le public en annonçant qu’il allait chanter en Breton.

Si vous ne comprenez pas, dit-il, n’hésitez pas à vous adresser à un de vos voisins qui lui le comprend.

Le ton était lancé !

Et il en allait être ainsi durant tout le spectacle car en plus de l’humour, Yann-Fanch dialogue et entretient une grande complicité avec le public jusqu’à la fin.

Il démarre avec une danse bretonne, l’an dro « Ker-Pondi ».

Dès les premières mesures, on peut admirer sa voix remarquable et la façon dont il marque le rythme avec des mouvements du bras et du pied.

J’étais très curieux d’entendre l’accompagnement du violoncelle.

J’avais un apriori car dans mon esprit, cet instrument classique a peu de relief et a des sonorités plutôt tristes.
j’ai très vite changé d’avis.

Aldo Ripoche est un musicien extra-ordinaire.

Bien que de formation classique, il a une manière de jouer à la fois très personnelle et débridée.

Il parvient à tirer des sons incroyables de son instrument qu’il tient en équilibre entre ses jambes.

Il manie son archet de façon très énergique et balance son intrument dans tous les sens.

Dans les morceaux rythmés, il joue également en pizzicato (en pinçant les cordes et sans archet) imitant ainsi la contre-basse.
j’ai donc été très surpris par le registre de cet instrument dont la profondeur convient parfaitement aux complaintes mais qui est également capable de très bien marquer le rythme.

Par sa voix très agréable, Yann-Fanch Kemener nous touche en alternant les chants à danser et les chansons plus graves.

Même si on ne comprend pas, on est envoûté par la chaleur des mots, par l’harmonie des notes et la beauté des arrangements.

Yann-Fanch nous présente aussi le contexte de chaque titre.

Et parfois, il récite des poèmes (comme ce magnifique texte de Xavier Grall) ou bien va jusqu’à nous raconter des contes ou des récits comme celui consacré à St.Yves.

Alternant ainsi les plages en Breton et en Français.

Et le concert se déroule comme un film où le public est captivé par cette voix magique, par cette langue bretonne qu’il finit par apprivoiser, par le jeu formidable de ce violon…celte.

« Kanet Berjelennig » (chantez bergère) sur un rythme d’ hanter-dro succède à de superbes mélodies comme « Me zo ganet e kreiz ar mor » (je suis né ou milieu de la mer) ou Keris (la cité d’Ys).

Nous ne sommes pourtant pas au bout de nos surprises.

Dans la dernière partie du spectacle, Yann-Fanch s’assied pour interpréter une série de « dans plinn ». Et « danse » est bien le mot qui convient puisque tout en chantant son kan ha diskan, il marque le rythme en martelant le sol avec ses pieds.

Du grand art, car cela nécessite une belle coordination.

Aldo Ripoche lui répond en utilisant toutes les resources de son violoncelle.

Un très grand moment de musique bretonne !

Des applaudissements nourris d’un public à la fois conquis et émerveillé par tant de talent et de simplicité.

Je suis convaincu que les gens qui ne connaissaient pas Yann-Fanch (c’était le cas des amis qui m’accompagnaient) ont vraiment été très heureux de cette découverte.

A la fin du spectacle, Yann-Fanch salua le public et retourna tanquillement à la table de ses amis.

De nombreux fans virent le saluer et échanger quelques mots avec lui.

Nous sommes restés encore un moment à notre place afin d’un peu prolonger ce moment de musique et de poésie.

Une soirée à la fois envoûtante et magique.

Prolongement :

En quittant, la salle, j’avais déploré avoir oublié d’emporter mon appareil photo pour le concert.

Il se fait que mes amis de Bouillon sont liés avec un des organisateurs qui lui-même est un ami de Yann-Fanch.

Comme Yann-Fanch et Aldo logeaient chez lui, il me proposa de lui demander si je pouvais aller le photographier le lendemain matin.

Et le lendemain, il nous téléphona pour nous dire que Yann-Fanch voulait bien nous recevoir !

J’ai donc eu la grande chance de pouvoir le rencontrer.

Au delà de la photo, Yann-Fanch nous a reçu avec beaucoup de gentillesse.

Nous étions là pour dix minutes mais nous sommes finalement restés une heure !

Intarissable, érudit, philosophe, Yann-Fanch est quelqu’un de très intéressant à écouter.

Passionné par la Tradition, tout ce qui touche à la Bretagne EST sa vie.

A la fois enseignant, écrivain, chanteur il a toujours été plongé dans la musique traditionnelle.

Sa grand-mère déjà était chanteuse, sa mère  et d’autres membres de sa famille aussi.

Yann-Fanch Kemener a utilisé cet héritage non seulement en s’initiant au chant, au kan ha diskan ou à la danse ; il a aussi effectué de nombreux collectages auprès des anciens.

Tous ces collectages (qui datent depuis de nombreuses années en Bretagne) ont permis  de sauvgarder un patrimoine très riche qui sans cela serait tombé dans l’oubli.

Yann-Fanch et les autres, grâce à leur travail d’artisans on contribué à rendre vivante cette langue et cette musique.

Sans concession, sans sacrifier à des formes plus commerciales.

Comme disait Yann-Fanch, la chanson traditionnelle  se chantait autrefois à capella.

Il est sans cesse en recherche de nouveaux arrangements pour sa musique, de nouvelles possibilités d’interprétation.

Il nous a parlé de ses derniers disques : « An Dorn » (la main) en duo avec Aldo et « Dialogues » avec en plus du violoncelle, le piano  de Florence Pavie.
Deux nouveaux cd seront bientôt enregistrés en 2008.

Des tournées à l’étranger (y compris au Mexique !) et bien sûr en France.

Bref de nombreux projets pour cet homme qui avoue manquer de temps pour tout faire et qui déplore que les artistes Bretons soient si mal distribués.

Nous avons pris congé en le remerciant encore de nous avoir accordé de son temps.
Lui et Aldo (également très sympa) dédicacèrent nos cd.

Le souvenir de cette rencontre restera pour moi un moment unique et rare.
Yann-Fanch Kemener, à la fois un très grand artiste et un homme de qualité.

Kanit,kanit berjelennig, kar me gav’ bra ho ton

O no reital ma’ ho klevan, rejouisa ma c’halon…  

Jean-François Laschet

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