Archive for mars 2009

Musiques pour les Funérailles d’Anne de Bretagne

mars 26, 2009

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Doulce Mémoire

Direction Denis Raisin Dadre

Musiques pour les Funérailles d’Anne de Bretagne

Coproduction avec le Printemps des Arts de Nantes

Créé en résidence à l’Abbaye de Fontevraud – Centre Culturel de l’Ouest 

Création mai 2009

Avec la participation de Yann-Fañch Kemener

Paulin Bündgen  alto; Hugues Primard  ténor; Vincent Bouchot  ténor; Marc Busnel   baryton; Philippe Roche basse; Philippe Vallepin récitant; Eva Godard  cornet à bouquin, flûtes; Elsa Frank   doulçaines, flûtes; Jérémie Papasergio doulçaines, flûtes; Franck Poitrineau   sacqueboute; Denis Raisin Dadre doulçaines, flûtes et direction.

      Le 9 janvier 1514, Anne de Bretagne décédait au château de Blois. Le cérémonial organisé pour ses obsèques, véritable mise en scène du pouvoir royal achève la construction d’un mythe, celui d’une Reine garante de la paix et de l’union de la France et de la Bretagne.

Doulce Mémoire évoquera l’une des toutes premières cérémonies royales qui offre à une Reine tous les fastes et l’apparat ritualisé d’obsèques grandioses. La musique, vecteur essentiel de l’émotion de cette grande liturgie apparaîtra sous trois formes distinctes : le grégorien de l’Office des Matines des Défunts, la polyphonie savante du Requiem et des motets et enfin la monodie de la Gwerz traditionnelle, interprétée par le grand artiste breton Yann-Fañch Kemener.

A la voix des chantres de la Chapelle d’Anne de Bretagne, Reine de France, répondra la voix du peuple breton incarnée par Yann-Fañch Kemener.  

Doulce Mémoire est porté par la Région Centre. Doulce Mémoire est aidé par le Ministère de la Culture et de la Communication / DRAC du Centre, au titre de l’aide aux ensembles conventionnés. Doulce Mémoire est soutenu par le Conseil Général d’Indre-et-Loire, CulturesFrance – Ministère des Affaires étrangères et la Ville de Tours.

Dates : 

Mercredi 27 Mai – Eglise St Patern – Vannes. 20h30

Jeudi 28 Mai – Cathédrale – Nantes – 20h30

Mercredi 30 septembre – Rennes

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Mme BERTRAND – Enfin le CD chez Dastum !

mars 12, 2009

MADAME Bertrand / AN « Itron » BERTRAND    

Un tempérament… une voix

Il y a à présent trente ans que j’ai entendu pour la première fois les enregistrements de Madame Bertrand réalisés il y près de cinquante ans par Claudine Mazéas.

Nous étions en 1974. Érik Marchand, arrivant de Paris et fréquentant les cercles bretons, découvrait cette région du Centre-Bretagne appelée Pays Fañch, Bro Vañch en breton. Érik était à la recherche de chanteurs et de chansons. C’est par l’intermédiaire de mon cousin et chanteur Eugène Grenel que je fis sa connaissance. Notre première rencontre s’est tenue sur les bords du Sulon, près de la station piscicole de Kerlabour en Sainte-Tréphine. Érik y avait planté sa tente, ce qui autorisait quelques parties de pêche à la truite et au brochet. Je lui faisais partager mon répertoire de l’époque, et lui me faisait découvrir les enregistrements en sa possession.

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Parmi les trésors d’Érik, obtenus par le biais du parisien Pierre Guilleux, se trouvaient les chants d’une vieille femme de Canihuel. Elle avait été enregistrée à la fin des années cinquante par Claudine Mazéas. Dans les années 1960, ces enregistrements étaient en circulation dans les stages de langue bretonne organisés par Ar Falz. Pierre Guilleux en suivait les formations. C’est dans ces circonstances qu’il fit une copie de ces bandes et les donna à entendre aux associations de bretons de Paris s’intéressant à la langue et aux chants.

Enfin, grâce à Érik, je faisais connaissance avec la voix et le répertoire de Madame Bertrand, plus connue sous le nom de Jose ’r C’hoet. Je n’imaginais pas ce que cette révélation et ce choc émotionnel allaient avoir d’important et de décisif pour moi.

Le nom de Madame Bertrand, mère de Guillaume Bertrand, grande figure pélemoise, ne m’était pas inconnu. Jean Poder, Jean-Marie Youdec, Albert Boloré me parlaient souvent de cette grande chanteuse au répertoire étendu et varié. En particulier, Jean Poder avait chanté avec Jérôme Martail, le père de Jose ’r C’hoet, et évoquait fréquemment ses confrontations. Pour moi, Madame Bertrand était associée à l’image d’une femme vêtue de noir et à celle de ma tante Marie-Louise Jouai, la mère d’Eugène Grenel. Marie-Louise Jouai habitait à deux pas du bistrot La Piscine tenu par Guillaume Bertrand, le fils de Jose ’r C’hoet. Comme beaucoup de personnes de cette génération, ma tante Marie-Louise et Madame Bertrand se retrouvaient pour un kafe-kommerezed et chantaient.

Le souvenir d’enfant que j’en garde est celui de vieilles femmes, récitant des paroles et des chants, incompréhensibles et inaccessibles.

Avec les enregistrements de Claudine Mazéas, c’est un monde qui se révélait et reprenait vie, en particulier celui du grand genre qu’est la gwerz. Certes, ce n’était pas la première fois que j’entendais interpréter des gwerzioù. Ma mère Maria Jouai, Jean Poder, Jean-Marie Youdec et d’autres encore en entonnaient des bribes à l’occasion. Madame Bertrand livrait et donnait à entendre de véritables récits avec de réels développements parfaitement structurés. À dire vrai, jamais je n’avais entendu quelque chose d’une telle force et d’une telle sensibilité.

Servie par une diction parfaite et juste, en totale adéquation avec la langue parlée de cette région de Haute-Cornouaille et spécifique au pays de Corlay, Madame Bertrand incarne l’art du chant avec un brio tout personnel. C’est précisément, à l’écoute de Madame Bertrand que j’ai pris toute la mesure des paroles de ma référence de Sainte-Tréphine, Albert Boloré, dont les propos étaient toujours mesurés et pertinents : An dud a laro dac’h n’e’ mann kano. ’Deuz ket ’met o’r, ha felliant ! : Les gens te diront que chanter n’est rien. Qu’ils le fassent et ils verront bien ! Il me signifiait ainsi combien le chant est un art difficile et exigeant.

J’ai retrouvé chez Françoise Méhat, une chanteuse originaire de Laniscat et de la même génération que Madame Bertrand, le même sens de la valeur des mots et du récit. Par contre, chez Emmanuel Kerjean, c’est plutôt la précision du rythme qui prévalait. Ce dernier savait, comme peu d’autres, varier et moduler ses interprétations pour enrichir son répertoire d’airs, développant ainsi ce style si particulier qu’il a imposé. Chez Madame Bertrand, le caractère de la mélodie ou du chant, qu’il soit joyeux ou dramatique, prime avant toute chose. Elle y met une intensité toute personnelle et fait jouer sa voix, caressant la note de façon à mettre tel ou tel mot en évidence et transcender le texte. Dotée d’une voix puissante et affirmée, elle articule subtilement chaque mot, qu’elle inclut dans le développement de la phrase, comme l’artisan insère la pierre dans le mur à sa juste place. Le récit ainsi déclamé, porté par le charisme de l’interprète, vient jusqu’à l’auditeur, non pour le flatter, mais pour lui faire ressentir la force et la justesse du propos.

Ainsi la qualité de l’interprétation fait-elle de ce temps un moment unique, extatique, qui s’imprime dans la mémoire et permet la transmission et l’accompagnement de cet héritage.

De ses rencontres marquantes avec Madame Bertrand, Claudine Mazéas rapporte qu’elle commençait toujours par la gwerz de Skolvan. La chanteuse a aussi qualifié cette gwerz de « cantique ». Chant qui par essence suscite le respect. En établissant ainsi les conditions d’écoute, en annonçant la gravité du sujet qu’elle allait donner à entendre, elle inscrivait son chant dans le temps et l’espace par un rituel quasi théâtral. À l’auditoire qu’elle se devait de séduire, elle impose silence et recueillement. Par là même, elle s’affirme dans le rôle qu’elle entend tenir devant un public nouveau intéressé par ses chants, son répertoire et leur expression. D’ailleurs, en la matière, elle savait parfaitement y faire et tirer parti des circonstances. 

Aujourd’hui encore, à la réécoute de ces documents sonores, mes émotions premières demeurent intactes et précises. En entendant les chants et les commentaires de Madame Bertrand, je revis des scènes de mon enfance où le drame « fleurtait » avec l’humour, voire avec un certain cynisme, passant ainsi du rire aux larmes. L’écouter est comme une entrée sur un autre monde, sinon un retour dans un autre temps, le temps des références vécues de mes aïeux. Avec des récits tels que Skolvan ou Iwan Gamus, s’ouvre à nouveau le monde des revenants, des intersignes, des lavandières de la nuit, autrement dit des zeblanchoù et des kanerezed-noz.

Débiter, répéter et ressasser sans trêve les récits qui ont bercé mon enfance n’en finissent pas de nourrir mon imaginaire. À l’époque des premières écoutes des enregistrements de Claudine Mazéas, je savais que ces chants n’avaient plus prise avec le monde moderne et n’étaient plus appréciés du public. La plupart des chanteurs eux-mêmes avaient suivi évolution et mutation de la société rurale en s’ouvrant aux chants et aux musiques des bals populaires. Ils rompaient ainsi avec le répertoire des anciens. Le monde de l’écoute et de la participation collective ne revêtait plus le même caractère qu’autrefois. Rétrospectivement, je réalise que mes informateurs en étaient bien conscients. Pratique et répertoire étaient, eux aussi, d’un autre âge, celui de mes parents et de mes grands-parents.

Écouter ainsi Madame Bertrand, et d’une façon plus générale les anciens de mon entourage, a consisté pour moi à renouer avec la civilisation de l’oralité côtoyée par Hersart de La Villemarqué, Luzel, Le Diberder et bien d’autres à l’occasion de leurs voyages et enquêtes.

Qu’il me soit permis ici de témoigner à Claudine Mazéas toute ma reconnaissance pour sa disponibilité et sa confiance. Pendant des années et en toute liberté, j’ai pu écouter et réécouter bien des fois ses collectes enregistrées et ses notes de terrain. À l’écoute des bandes magnétiques, des souvenirs de Claudine, mais aussi de Jean Poder et Guillaume Bertrand, je me suis construit une image de la personnalité de Madame Bertrand : une femme au caractère trempé ayant à mener un chantier de sabotiers dont l’autorité et le respect se sont acquis par un art consommé du chant. J’imagine sa jubilation, mais aussi ses questionnements, devant les gens de la ville venus prendre ses airs et ses chansons. Quelle attitude adopter ? Que dire ? Que chanter ? Il faut se rappeler que la première fois qu’elle fut enregistrée, ce fut de nuit, chez elle à Canihuel. Elle s’est levée et s’est aussitôt  mise à chanter.

La période des collectes de Claudine Mazéas correspond à une des mutations du monde rural breton. À ce temps de l’industrialisation agricole, du remembrement, de la désertification des campagnes, au profit d’une agriculture intensive, fait écho le temps de la recherche des racines, de la redécouverte et de la reconquête de la langue, du chant, et de la danse. Tous ces éléments qui liaient et structuraient la société rurale sont devenus le maillon et le ferment du renouveau culturel de la Bretagne.

Le paradoxe de cette modernité triomphante et déstructurante est qu’elle a apporté des outils permettant de prolonger sur des nouveaux supports (magnétophone) la mémoire des témoins. 

Conscients de la mutation qui se vivait sous leurs yeux, les chercheurs et collecteurs en quête d’authentiques répertoires, qu’étaient Claudine Mazéas, Georges Cadoudal et Étienne Rivoallan, nous ont légué plus qu’un témoignage. À la lumière des recherches actuelles, il est patent qu’ils nous ont préservé un pan sensible et audible de la société rurale du 19ème siècle. Surtout, nous leur sommes redevables de nous avoir révélé la place que tenait le chant dans la société rurale du Centre Bretagne à l’aube de la grande mutation industrielle, chant que la voix, l’expression et le style de Madame Bertrand élèvent véritablement au rang d’art.

Aussi, c’est avec un réel plaisir que je m’associe à la publication de cet hommage qui offre de partager un des plus beaux joyaux de notre héritage culturel.

Yann-Fañch Kemener – Juillet 2008

 

Mme Bertrand & Albert Boloré © Photo Charles Le Gall – Fds YF Kemener


Je me permets d’élever Madame Bertrand au rang de Itron, “Dame”. Le terme est employé pour désigner une femme d’une certaine classe sociale. Dans le cas présent et étant donné sa position, la terminologie était : An ha’i gozh Bertrand, “La vieille Bertrand”. Itron est à prendre pour une marque de respect, eu égard à son âge et à sa qualité de chanteuse émérite.

Pélemois : habitant de Saint-Nicolas-du-Pélem (22)

Langue Bretonne-Nouveau sondage

mars 11, 2009

Qui serait surpris !

 

50.000 bretonnants de moins qu’il y a dix ans

10 mars 2009

Selon un sondage TMO qui vient d’être rendu public, il y aurait 206.000 bretonnants sur l’ensemble de la Bretagne, soit 50.000 de moins qu’il y a dix ans. Selon le même document, 22 % des habitants de la Basse-Bretagne, zone traditionnelle de la pratique de la langue, comprennent le breton et 13 % peuvent le parler. La population bretonnante y serait de 172.000 personnes.

CÔTES-D’ARMOR

Bretonnants. Des bourses pour encourager les vocations

11 mars 2009

Les bretonnants sont aujourd’hui 206.000. Si rien n’est fait, ils seront 70.000 dans 35 ans. Pour tenter d’inverser la tendance, la Région va mettre en place des bourses pour stimuler les vocations de professeur.

Le sondage 2007 confirme les prévisions formulées au vu des résultats de l’enquête 1997: les bretonnants sont âgés et on compte dix décès dans leurs rangs pour l’arrivée d’un jeune locuteur. Les projections de la pyramide des âges permettent, d’ores et déjà, de mesurer l’évolution à venir. «Aujourd’hui, 13% des habitants de Basse-Bretagne parlent breton», commente Fanch Broudic, auteur du livre «Parler breton au XXIe siècle». «Il y en aura 9% dans huit ans, et le chiffre baissera régulièrement pour se stabiliser autour de 4% en 2043. À partir de ce moment-là, le nombre de jeunes locuteurs formés dans les écoles équilibrera les disparitions chez leurs aînés». Développer les classes bilingues 

Cette érosion est-elle inéluctable? «Non, répond Fanch Broudic. Il y a une variable sur laquelle on peut intervenir, c’est l’enseignement de la langue dans le cadre scolaire. Le seul moyen d’agir, c’est de développer les classes bilingues». Aujourd’hui, 12.350 enfants sont scolarisés dans l’une des trois filières d’enseignement en breton (associative, Diwan; publique, Divyezh; et privée Dihun). «Les effectifs progressent de l’ordre de 6% chaque année», remarque le président de la région Jean-Yves Le Drian. «C’est un rythme insuffisant».
40 bourses de 5.000 € par an, 
pour échapper au schéma peau de chagrin décrit par Fanch Broudic, «il faudrait une augmentation annuelle d’au moins 10%». La demande existe, mais les professeurs font défaut. Pour y remédier, Jean-YvesLeDrian a annoncé, hier, qu’il comptait mettre en place un système de bourses régionales destiné à inciter les jeunes bretonnants à s’orienter vers l’enseignement. Ce dispositif s’adressera à des licenciés préparant le concours de professeur des écoles ou du second degré, qui toucheront 5.000 € par an pendant leur master (deux ans, ou troisans en cas de redoublement). En contrepartie, les bénéficiaires devront s’engager à enseigner durant cinq ans dans une filière bilingue. «L’objectif est d’attribuer 40 bourses dès septembre prochain, et de faire progresser le nombre chaque année pour arriver à 100», précise le président. Le président Le Drian croit en la capacité des jeunes à sauver la langue. À en croire le sondage, ils sont sur la bonne voie: «En 1997, les 15-19 ans représentaient 0,5% des locuteurs, et ils sont aujourd’hui 4%», souligne-t-il. 


Sondages TMO-Régions effectués en décembre 1997 et 2007. 

Membre associé du Centre de recherche bretonne et celtique (universités de Brest et Rennes 2).

Analyse du sondage TM0-Régions, http://www.emgleobreiz.com (en vente 13,90 € à partir du 20mars).

Alain Le Bloas – Le télégramme

AR MEN Mars-Avril 2009

mars 4, 2009

ar-men-fev-2009